S'immerger dans le "siècle d'or hollandais"

Mon prochain roman se déroulera dans les Provinces-Unies, entre Delft et La Haye, au milieu du 17e siècle. La préparation est un défi !

Comme pour tout roman historique, il faut se documenter pour appréhender le contexte politique et économique, reconstituer les lieux, connaître la vie des personnages ayant existé ou bâtir le caractère des personnages imaginaires, analyser les mœurs et les relations sociales pour essayer de penser comme eux, se demande ce qui qui pouvait les satisfaire ou les préoccuper.

Même s'il s'accorde le droit de tricher avec des faits historiques, un auteur doit éviter les anachronismes trop visibles, pour que le lecteur ne soit pas distrait par des aberrations, au cours de son voyage dans le temps.

Backhuysen, vue Amsterdam avec bateaux, 1666

Choisir un moment historique

Au 16e siècle, sept provinces du nord des Pays-bas s'unirent pour faire la guerre au roi catholique d'Espagne, qui dominait alors cette contrée, du nord de la France à la mer du Nord. Elles parvinrent à affirmer leur autonomie en tant que "Provinces-unies". Profitant d'une paix relative et disposant d'une flotte maritime puissante, elles développèrent le commerce outre-mer et s'enrichirent.

Les historiens désignent comme "Siècle d’or hollandais" cette ère de prospérité économique, de conquête territoriale et d’épanouissement intellectuel et artistique.

En m'informant sur cette époque, j'ai découvert un événement dramatique qui a stimulé mon imagination. Dès lors, je tenais une idée d'histoire originale, à caser dans les interstices de l'Histoire.

Vermeer, vue de Delft

Choisir des lieux emblématiques

Mon prochain roman se déroule dans les Provinces-Unies, au milieu du 17e siècle. Et en majeure partie, à Delft...

À cette époque, la ville de Delft est l’une des plus prospères. S’y trouve l’un des sièges de la Compagnie des Indes orientales, qui a le monopole du commerce en Asie. L’économie locale, qui reposait sur la brasserie et la production textile, est peu à peu dominée par des ateliers de tapisseries et des fabriques de faïence. Même si la cité n’est pas située sur le littoral, les marchandises sont livrées et expédiées par un canal qui la relie à son port maritime, proche de Rotterdam.

Quelques patriarches de familles fortunées et influentes dirigent la municipalité et siègent à aux assemblées de la province de Hollande et des Provinces-Unies.

Jan Steen, bourgmestre de Delft, 1655

Choisir des protagonistes

D'emblée, c'est l'envie d'évoquer quelques peintres hollandais, dont j'aime admirer les toiles, qui m'a poussé à m'intéresser au siècle d'or hollandais. L'occasion aussi de rappeler qu'il y avait déjà de rares femmes artistes talentueuses.

L'histoire de la Hollande est riche d'évènements, parfois dramatiques qui résultaient d'affrontements pour le pouvoir, entre l’État et les villes, entre la noblesse et l'oligarchie des marchands. Autant de princes et de notables qui feraient des protagonistes incontournables.

Pour écrire un roman historique crédible, il faut aussi introduire des gens ordinaires dont le nom n'a pas été retenu par les historiens, ainsi que des étrangers qui ont contribué à la richesse économique et culturelle du pays.

Choisir des enjeux

Dans une époque aussi agitée que le 17e siècle hollandais, mille enjeux feraient d'alléchants sujets pour envelopper et justifier les intrigues d'un roman historique.

Espionnage, plan de guerre secret et relations belliqueuses entre la république catholique des Provinces-unies avec les pays voisins.

Complots et assassinats fomentés par des ambitieux contre les tenants du pouvoir ou vice-versa.

L'ombre portée du colonialisme hollandais et de l'esclavage sur la face dorée du succès des grandes compagnies commerciales.

La curiosité scientifique, les tâtonnements de la médecine face aux redoutables épidémies.

Les mesquineries et les faiblesses d'admirables artistes-peintres...

Sans oublier la fracassante explosion de la poudrière de Delft, en 1654.

Le Siècle d'or hollandais, tel qu'exposé au Louvre

Le Siècle d’or hollandais décrit par Blaise Ducos, conservateur aumusée du Louvre et François Souty, professeur associé à l’université de La Rochelle. Trois courtes vidéos produites par le Louvre.

Les traces de l'empire hollandais (1/3)

La prospérité des Provinces-Unies trouve ses origines dans le commerce maritime, l'expansion coloniale et l'esclavage.

La société hollandaise (2/3)

Les Provinces-Unies étaient une république. Mais la liberté primait sur l'égalité sociale. La tolérance concernait surtout la foi et les idées. Les groupes exclus du pouvoir et de la richesse étaient nombreux.

Être moderne, être hollandais (3/3)

Les tableaux des peintres hollandais du 17e siècle montrent des lieux publics, où les distinctions sociales sont visibles. Mais ils affirment surtout la fierté partagée de vivre dans un pays moderne.

Le siècle d'or hollandais

Quelques repères historiques, pour mémoire.

La fin du joug catholique espagnol

Jusqu’à la fin du XVIe siècle, le roi catholique d’Espagne régnait sur les Pays-Bas, qui s’étendaient du nord de la France à la mer du Nord. Les libertés religieuses étaient restreintes pour contrer la Réforme, schisme de la Chrétienté qui déchirait le territoire. Au sud, les provinces étaient catholiques et fidèles aux Espagnols. Au nord, où la minorité dirigeante était protestante calviniste, sept provinces s’étaient unies par le traité d’Utrecht, en 1579. La plus riche et la plus peuplée d’entre elles était la Hollande. Menées par Guillaume de Nassau, prince d’Orange, surnommé « le Taciturne », elles s’étaient révoltées contre l’envahisseur espagnol. Leur sécession déclencha une guerre interminable et cruelle ; leur souveraineté ne fut admise qu’au terme de longues négociations qui aboutirent au traité de paix de Münster, le 30 janvier 1648.

La naissance de la république confédérale des Provinces-Unies

En ce temps où les monarchies européennes se fondaient sur une légitimité divine pour asseoir leur pouvoir autocratique et centralisé, les Provinces-Unies adoptèrent un régime politique singulier, une république confédérale, qui accordaient aux villes et provinces une réelle autonomie et des prérogatives administratives. Sauf spécificités locales, chaque province était dirigée par une oligarchie de riches marchands, réunie en assemblée provinciale, qui désignait en son sein des bourgmestres et des échevins, aussi appelés régents. Chaque province était souveraine chez elle et aucune ne pouvait contester ce qui se passait sur le territoire de ses voisines. Chacune prenait ses arrêts de justice, sans appel possible, votait ses lois qui s’appliquaient à ses sujets, imposait ses taxes et battait sa propre monnaie.
Ces fières provinces ne s’alliaient que de leur plein gré, si les circonstances l’exigeaient impérativement. Pour concilier leurs intérêts, coordonner leur diplomatie et décider de la paix ou de la guerre, des représentants des villes et des provinces se réunissaient en États-Généraux, à la Haye. Ce parlement ne décidait rien par lui-même et les députés votaient selon les instructions reçues de leur chef-lieu. Chaque province n’avait qu’une voix et les décisions étaient votées à l’unanimité.

La séparation des pouvoirs

Dans cette république, par crainte d’un cumul des pouvoirs qui annoncerait le retour à l’absolutisme monarchique, les charges civiles et militaires étaient séparées. Ainsi, chaque assemblée provinciale nommait deux personnalités. L’une, le pensionnaire, assumait les fonctions de secrétaire du comité exécutif de l’assemblée et exerçait l’essentiel de la gouvernance civile. L’autre, le stathouder ou gouverneur, assurait le maintien de l’ordre public et commandait l’armée. En théorie, les détenteurs de ces fonctions, dans la province de Hollande, étaient égaux à leurs homologues des autres provinces. De fait, ils s’avéraient les interlocuteurs privilégiés des ambassades étrangères. Le pensionnaire de Hollande se voyait honoré du titre de « Grand pensionnaire ». Quant au poste de stathouder, même si nul texte n’édictait une succession selon la lignée du sang, plusieurs provinces l’attribuaient traditionnellement à l’héritier de la Maison princière d’Orange-Nassau.

Aux origines d'un siècle de prospérité

Unie pour conquérir sa liberté, cette nation d’à peine deux millions d’habitants, s’éleva en quelques années et demeura, pendant une centaine d’années, au rang des grandes puissances européennes. Le progrès de la navigation, les prises de risques pour financer des expéditions maritimes, la conquête de terres lointaines, l’implantation de comptoirs commerciaux, la traite négrière et l’esclavage, fondèrent l’empire colonial batave, nourrirent son opulence et accouchèrent d’une élite très riche de marchands, d’entrepreneurs et de propriétaires terriens. Cette bourgeoisie s’empara des pouvoirs civils et promut la paix et la liberté, comme conditions essentielles au commerce. La tolérance des cultes, les droits d’expression, de publication et de circulation favorisèrent une effervescence intellectuelle, scientifique et artistique. Nombre de citoyens des Provinces-Unies voyagèrent et étudièrent dans toute l’Europe. Nombre d’étrangers, opprimés pour leur religion, vinrent se réfugier dans ce pays tolérant et prospère, contribuèrent aux sciences et aux inventions, à la renommée des universités, ainsi qu’à la diffusion d’opinions politiques et d’influences culturelles.

Un siècle d'épanouissement intellectuel et artistique

Les historiens désignent comme "Siècle d’or hollandais", cette ère de prospérité économique, de conquête territoriale et d’épanouissement intellectuel et artistique. Le mécénat des notables calvinistes remplaça les commandes de l’Église catholique. Il encouragea des centaines d’artistes-peintres à représenter des portraits de commanditaires sans prétexte religieux, des scènes ambiguës de la vie quotidienne, à peindre les choses pour ce qu’elles étaient, des natures mortes, belles ou laides et des paysages, juste pour leur lumière. Les plus doués réinventèrent la scène de genre, caractérisée par une finesse technique et une justesse psychologique, inédites.
Malgré son éclat, cette époque n’en fut pas moins troublée par des batailles sanglantes avec les espagnols, d’intolérables injustices sociales, des crimes atroces et des âmes tourmentées.

© Stéphane Crolard. Tous droits réservés.

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